Vous avez investi dans une plateforme e-learning. Vous avez conçu des modules. Vous avez communiqué auprès des équipes. Et pourtant, les taux de complétion restent faibles, les soignants ne trouvent pas le temps et l’impact sur le terrain est difficile à mesurer.

Ce n’est pas un problème de contenu.

Une revue systématique Cochrane l’a confirmé : l’e-learning en santé produit peu de différence sur l’acquisition de connaissances ou l’évolution des pratiques, comparé au présentiel. Les conditions organisationnelles dans lesquelles il est déployé expliquent largement ce résultat.

Voici les freins identifiés dans la littérature scientifique internationale. Bien les identifier peut vous permettre de les lever.

L’e-learning est aujourd’hui intégré au Développement Professionnel Continu (DPC) comme modalité valide de formation continue. Son usage s’est largement répandu dans les établissements de santé. C’est notamment une façon rapide de former le personnels tout en traçant le suivi pour la HAS.

Pourtant, avant même de questionner la qualité pédagogique d’un module, une réalité s’impose : les contraintes organisationnelles limitent l’impact des formations bien avant leur conception. Le temps non protégé, le matériel insuffisant, les interruptions de service — ces obstacles structurels sont souvent invisibles dans les plans de formation.

La HAS le souligne elle-même : l’environnement, les publics et les modalités organisationnelles sont déterminants pour l’efficacité d’un dispositif e-learning en santé.


1. Freins principaux à l’e-learning

Temps et contraintes organisationnelles
Les professionnels de santé sont fréquemment interrompus par des tâches imprévues ou des urgences, rendant difficile le suivi continu des modules. Même lorsque du temps est officiellement prévu, la réalité du terrain peut limiter son utilisation (BMC Med Educ, 2018). Dans les faits, un temps sanctuarisé dans l’agenda ne veut pas forcément dire un temps protégé sans interruptions. Dans les unités de soins critiques, cela entraîne une faible complétion des modules (BMC Med Educ, 2024).

Technologie et matériel
L’insuffisance des équipements (ordinateurs, tablettes, casques audio) et les plateformes complexes ou peu intuitives constituent un frein majeur. Le manque de support technique réduit l’expérience et la motivation des apprenants (BMC Med Inform Decis Mak, 2022; AIIHPC, 2015).

Motivation et design pédagogique
Les modules longs, peu interactifs et isolés diminuent l’engagement. Les approches micro-learning et blended learning, combinant présentiel et e-learning, sont recommandées pour améliorer la motivation et la rétention (BMC Med Educ, 2018).

Compétences numériques
Certaines catégories de professionnels ressentent une anxiété face aux outils numériques. Ils présentent des compétences numériques limitées, constituant un frein à l’usage efficace des plateformes (BMC Med Educ, 2024). La formation préalable aux outils et les guides pas-à-pas sont des solutions efficaces (HAS, 2015).

Alignement clinique
Les contenus non contextualisés ou trop théoriques sont perçus comme peu utiles. La co-construction avec les praticiens garantit la pertinence et l’application directe sur le terrain (BMC Med Educ, 2018).

Acceptation culturelle
La préférence pour le présentiel et la résistance au changement peuvent freiner l’adoption. Une communication claire sur les bénéfices et une sensibilisation progressive des équipes facilitent l’adhésion (BMC Med Inform Decis Mak, 2022).

Résumé des freins
Les obstacles principaux combinent contraintes de temps, limitations matérielles, design peu motivant, compétences numériques inégales, pertinence clinique insuffisante et résistance culturelle, chacun pouvant être adressé par des leviers ciblés pour maximiser l’efficacité et l’adhésion des apprenants.


2. Différences selon le rôle professionnel

Il existe des différences entre aides‑soignants, infirmières et médecins concernant les freins à l’e‑learning, mais la littérature scientifique ne compare pas toujours directement ces trois groupes dans les mêmes études. Cependant, on peut dégager des tendances à partir des données disponibles :

Médecins
Les médecins ont souvent plus d’opportunités de formation digitale y compris liées à la recherche ou à des technologies avancées (IA, guidelines cliniques, etc.). Ils peuvent être plus habitués à s’auto-former et suivre des contenus en dehors des heures de travail (soir, week‑end) et parfois à choisir des formations en autonomie. (J Med Internet Res, 2025).

En fonction de leur pratique et de leurs services, les médecins peuvent être plus autonomes pour libérer des plages de formation dans leur agenda : par exemple, un médecin libéral peut fonctionner différemment qu’une IDE en service.
👉 Cela peut réduire certains freins organisationnels pour eux, même si le manque de temps reste un obstacle.

Une fois ce temps libéré, il faut qu’il soit rentabilisé. Contrairement aux autres publics, les modules doivent être réalisables en une seule fois. Peu de médecins reviendront sur le e-learning qui n’aurait pas été fini dans le temps imparti.

Infirmières
Les études spécifiquement faites sur les infirmières montrent des freins similaires à ceux de l’ensemble des professionnels, mais parfois plus amplifiés. Une revue systématique de la littérature publiée en 2023 indique que (Nurse Education Today, 2023) :

Dans plusieurs études, les infirmières rapportent plus de barrières technologiques ou organisationnelles que certains autres professionnels, surtout dans des contextes où le matériel est limité ou la culture d’apprentissage numérique moins forte.

Aides-soignants
La recherche comparant directement aides‑soignants et autres professions sur ce sujet est moins développée dans la littérature académique internationale.

Toutefois, les données générales sur la formation des aides‑soignants (hors e‑learning) montrent qu’ils ont souvent moins d’exposition aux formations numériques dans leur cursus initial que les infirmières ou médecins.

Cela suggère qu’ils pourraient avoir encore plus de freins liés aux compétences numériques ou à la familiarité avec les outils digitaux, même si des recherches spécifiques manquent pour confirmer précisément ces différences dans le contexte de l’e‑learning.

Il est raisonnable de penser que les aides‑soignants peuvent faire face à des obstacles similaires ou plus importants qu’une infirmière pour trois raisons :

  1. Moins d’intégration des outils numériques dans leur formation initiale.
  2. Moins d’historique de formation continue “auto‑dirigée” comparé aux médecins.
  3. Moindre accès à des ressources dédiées pour la formation continue (temps, matériel, encadrement).
ProfessionsTemps & charge de travailCompétences / confort numériqueAccès matériel / infrastructureSupport organisationnel / supervision
MédecinsSouvent moins impacté (peut adapter horaires)Généralement plus à l’aiseAccès généralement meilleurSupport reste variable
InfirmièresFortement impacté dans les servicesBarrière fréquenteBarrière fréquenteSouvent moindre soutien
Aides‑soignantsImpact importantPotentiellement encore plus fortProbablement plus de difficultésSouvent peu de soutien dédié

Pourquoi ces différences ?

Formation initiale et culture professionnelle

Organisation du travail


Conclusion

Les freins à l’e-learning en santé sont réels, documentés et largement partagés entre établissements. Ils varient selon les métiers — les aides-soignants et infirmières rencontrent plus d’obstacles liés aux compétences numériques et à l’accès matériel, tandis que les médecins gèrent mieux leur temps de formation en autonomie.

Un point reste commun à tous : l’organisation prime sur la pédagogie. Un module bien conçu dans un environnement qui ne permet pas de le suivre sereinement n’aura pas d’impact.

Identifier ces freins est la première étape. La seconde : agir sur les conditions avant même de concevoir la formation.

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